Le syndicalisme fait débat. Devant l’Association des journalistes de l’information sociale (AJIS), le 16 novembre dernier, il a fallu que je rappelle d’abord quelques éléments factuels. Les
syndicats ne sont présents que dans les entreprises qui emploient un tiers des salariés du privé. Les deux autres tiers n’ont toujours pas la possibilité de s’exprimer pour élire leurs
représentants, alors que la loi du 20 août 2008 cible tous ses effets à partir de l’élection dans l’entreprise !
Notre responsabilité, nos engagements, nos missions vont bien au-delà du cadre de l’entreprise. Nous devons négocier et gérer les accords de branches, nationaux et interprofessionnels, agir
aux niveaux européen et international.
Nous sommes cogestionnaires de la formation professionnelle, des retraites complémentaires, du 1 % Logement... Nous répondons à toutes les sollicitations des pouvoirs publics : du Grenelle
de l’environnement au Grand emprunt, en passant par les États généraux de l’industrie... Nous apportons nos expériences et expertises dans une vaste diversité de domaines économiques,
sociaux et sociétaux. Nous exprimons - oh combien ! - le vécu des salariés qui sont aussi citoyens, parents d’élèves, consommateurs, contribuables...
La vocation d’un syndicat, depuis l’origine, est «la défense de l’intérêt commun». Elle est plus que jamais justifiée ! Dans un monde où les dérives du capitalisme financier ont relégué
l’humain dans un lointain arrière-plan, nous sommes les garde-fous sur lesquels les salariés peuvent s’appuyer pour éviter de tomber dans l’ornière de l’isolement et du combat perdu
d’avance. Mais que d’énergies à accumuler ! Que de moyens à mobiliser ! Que de volontés à entretenir pour atteindre nos objectifs ! Hélas ! les débats actuels sur le syndicalisme
s’intéressent bien peu à ces aspects de notre «métier». Personne ne s’interroge sur les prouesses quotidiennes de dévouement et d’abnégation réalisées par nos adhérents, nos militants au
service de toutes celles et de tous ceux qui vivent au cœur de ces centaines de milliers d’entreprises anonymes, véritable puissance économique de notre pays.
Au contraire, observateurs affairistes, analystes donneurs de leçons ne cessent de nous vilipender, de jeter le doute et l’opprobre sur ces dévouements. On voudrait terminer d’éliminer les
«gêneurs», qu’on ne s’y prendrait pas autrement !
Je ne cesse de démontrer que rien n’a été fait pour augmenter le taux de syndicalisation, gage de notre indépendance et de la constitution d’une vraie force de dialogue et de concertation.
Ce n’est pas la loi du 20 août qui changera la donne. Ce ne sont pas les déclarations politiques à l’emporte-pièce qui me contrediront.
La réalité, c’est que nous sommes toujours face à un patronat et un gouvernement autistes. Ils jouent la montre . En prenant garde de tout mouvement de progrès, ils attendent que le dernier
militant soit parti à la retraite pour laisser, «librement», chacun «prendre la responsabilité» de gagner sa croûte dans une jungle où le Code du commerce aura fini de supplanter le Code du
travail.
On nous parle de Grand emprunt, d’un gros effort de dépenses justifié par la nécessité de perpétuer l’avenir. L’avenir de qui ? À la CFE-CGC, nous pensons que l’avenir de notre société,
c’est l’avenir de ceux qui la font : une société équilibrée, forte d’elle même, prête à relever tous les défis et qui, elle aussi, grâce au syndicalisme, a besoin de moyens importants afin
que chacun puisse donner, avec confiance, le meilleur de lui-même.
Bernard Van Craeynest